Panurge

C'est le premier acte d'une pièce dans laquelle je joue avec la compagnie théâtre EnVie ( de Vesoul ). Panurge :  une adaptation d'un opéra de Jules Massemet (1913) 

Panurge - Acte I

La taverne d'Alcofribas

entrée en musique - adressé au publique

Les voilà ! Les voilà ! Ils arrivent !
Place ! Place ! Les voici ! Les Enfants sans souci !
Ils tournent par la rue ! Les voici ! Les voici !
Vive Pantagruel ! Vive Pantagruel !

PANTAGRUEL :
Et vous tous, mes Enfants sans souci 
Vous le Sire de la Lune
Vous Gueulard Doublet et sa femme Doubette
Et vous les Joyeux compagnons : Dire et Faire
Vous tous, mes chers petits sots, faites le cri de votre prince des sots.

TOUS :
Chari, chari, charivari...

LES ENFANTS SANS SOUCI :
Sots dégourdis, sots étourdis, sots sages,
sots de châteaux, de villes et de villages,
sots amoureux, sots renfrognés de tous les âges,
votre prince, amis, vous invite tous,
à boire , à chanter, à rire avec nous !

Sottes mamans,
sottes mamans et sottes demoiselles,
sottes sans fard. Sottes sans art,
votre prince, amis, vous invite tous,
à boire , à chanter, à rire avec nous !

À la taverne, à la taverne !

ALCOFRIBAS :
Et que veulent Messeigneurs ?

PANTAGRUEL :
Du vin et du meilleur.
Mon père se nommait Gargantua
Mon grand père , Grandgousier,
et moi, Pantagruel, j'ai , comme eux, un grand gosier.
Alors, sers nous généreusement.
Et dis-moi, qui fut inventé le premier: la bouteille ou le vin ?

PANTAGRUEL :
Par le prince des Sotz et ses suppôts
Et pour tous les baisers des femmes
Buvons, buvons, au son des bouteilles,  buvons buvons au son des flacons,
Nos langues aux éponges sont pareilles
Au son des bouteilles buvons, buvons.

Installation, on boit , on chante on rit.
Panurge qui a parut au moment du vacarme, s'avance peu à peu, l'air abasourdi par tout ce charivari.

PANURGE :

S'approchant de la taverne

Cela sent bon près de l'auberge
On y mange bien, on y boit bien
Je vais prendre ma part...

Il sort un morceau de pain de sa gibecière , le tient à la hauteur du soupirail.
Alcofribas, tout en allant et venant, l'observe.

Hum!...
La fumée de la bonne cuisine de maîtresse Alcofribas
va transformer mon pain en un vrai morceau de lard!
Sans qu'il m'en coûte rien sans dépenser un liard.

tendrement, gourmand, flairant son pain

Oh ! La bonne odeur !
Mangeons.

ALCOFRIBAS :
lui retenant le bras.

Eh ! Attendons !

PANURGE :
Quoi ?

ALCOFRIBAS :
Depuis quand; l'ami mange-t-on sans payer ?

PANURGE :
Eh ! Quoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?

ALCOFRIBAS :
Tu t'es nourri, vaurien, tu dois payer.

PANURGE :
Quoi ! Payer ?
Peut-être ! Mais quand j'aurais bu ! Vous ne me connaissez pas ! Moi !

Il agite sa gibecière où tintent des liards

Tiens voilà ton argent !

ALCOFRIBAS :

furieuse

Par les pieds de mes tables !
Par l'anse de mes pots !
Je vais te donner bastonnade !


PANURGE :

se sauvant

Hé la la ! Hé la la ! Hé la la !

PANTAGRUEL :

Se levant; à Alcofribas

Hé ! Doucement !
Alcofribas , attends !
Tu as tort !

au public

Qu'en dites-vous ?
Il a mangé son pain parfumé à la fumée du rôti,
Et il veut payer avec le bruit de son argent !

N'est ce pas juste ?

Rire des écuyers

ALCOFRIBAS : 
La peste !

Elle rentre, en jurant à la taverne.

PANTAGRUEL : 

à Panurge

Hé l'ami ! Vous êtes parisien ?

PANURGE :
Non je suis né en Touraine, mais franc-comtois d'adoption.

La cancoillotte : chanson de Thiéfaine (chanter)

(https://www.youtube.com/watch?v=F8FAB6gpn8o)
𝅘𝅥𝅮𝄠 La cancan cancoillotte
C'est un mets bien franc-comtois - Tout en dansant la gavotte On se beurre la gueule à l'arbois - La cancan cancoillotte Ce n'est pas pour ces François - Quand ils viennent avec leurs bottes On leur dit nenni ma foi 𝄠

PANTAGRUEL : 
C'est fort bien dit ! J'aime aussi beaucoup la Comté.
Viens, fêtons cette rencontre.
Et tu t'appelles ?

PANURGE :
Panurge.

PANTAGRUEL :
Mais quel est ce visage de jaunisse ?
Pourquoi fais-tu cette tête d'enterrement ?

PANURGE :
Hé ! Enterrement, c'est bien le mot . Je viens de perdre ma femme,
Colombe. Le ciel ait son âme!

♫ Ma femme est morte ♫

Car c'était ell' qui faisait le chahut à la maison
La guenon, la poison,
Elle est morte!
Ell' ne mettra plus de l'eau dedans mon verre
La guenon, la poison,
Elle est morte! ♫

LES ENFANTS SANS SOUCI : 

entre eux

Va-t-il rire ou pleurer de la mort de sa femme ?

PANURGE :
Heu! Heu! Cela dépend! Petite pluie abat grand vent, grand vent nourrit petite flamme... En la voyant près du tombeau je ris et je pleure,
Tantôt je ris comme une vache, et tantôt je pleure comme un veau !

PANTAGRUEL :
Tantôt il rit comme une vache...

LES ENFANTS SANS SOUCI :
Tantôt il pleure comme un veau !

PANTAGRUEL :

À Alcofribas

Alcofribas! Si tu nous servais un grand verre de ton bon vin de miel, de ton hypocras. Ça pourrait le rire. Et il vaut mieux rire que pleurer. Allez ! Buvons et rions !

LES ENFANTS SANS SOUCI :
Buvons et rions !

PANURGE :
Rions !

ALCOFRIBAS : 

Qui sorti de sa boutique

Ah ! Venez , allons ouvrir un tonneau à la cave !

PANURGE :
Bien parlé ! Bien parlé ! 
Allons boire et chanter ! Allons chanter !

Aussitôt la place silencieuse et vide , Colombe paraît. Riant aux éclats. 

COLOMBE : 

Chanté ou parlé sur fond musical.

Ah !

Léger

Rira bien qui rira le dernier!
Ah! ah!
Ô Panurge! Vilain homme'
Aussi vrai que Colombe on me nomme!
Ah!
Si tu crois m'échapper
Je vais te retrouver
Il voulait boire, toujours boire !
L'ivrogne ! Moi je ne voulais pas !
Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! Non ! 
Alors, ça a été une autre histoire
On s'est fâché, on s'est disputé
Et pour finir, il m'a battue
Méchant mari !
Méchant mari !
Pan! Aïe! Pan!
Un jour après avoir été battue,
J'ai fait semblant d'être morte. Oui, morte .
Je suis restée comme ça, sur mon lit, sans bouger.
Pourquoi ? Je voulais savoir si vraiment il m'aimait.
S'il avait du chagrin
Mais, le brigand, il est parti!
Il m'a quittée!

geignant

Hi hi! Hi! hi !

éclatant de rire

Ah rira bien qui rira le dernier!
Ô Panurge,
Vilain homme!
Aussi vrai que Colombe on me nomme !

PANURGE :

dans la taverne

Je ris : ma femme est morte !

COLOMBE : 

Agitée

C'est la voix de Panurge !

Des buveurs sortent de la taverne

Holà ! Il est fou !
Panurge !... Panurge ! ...

PANURGE :

sortant de la taverne, et sursautant

On dirait...Oui ! C'est la voix de Colombe... Est-ce qu'on crie ainsi, doux Jésus dans la tombe?

COLOMBE : 

À Panurge qu'elle aperçoit

Panurge !

PANURGE :
Vertu-Dieu ! La voilà !

COLOMBE : 
Mon époux ! Mon époux ! Que faites-vous par là ?

PANURGE :

bégayant de terreur

J'attends qu'on vous...vous... enterre.

LA FOULE :
Pauvre femme ! 
Le gueux ! Le gueux !

COLOMBE :
On ne m'enterre pas !

PANURGE :
Hein ? Voyre !

COLOMBE : 

À Panurge, avec sentiments

Mais ne fait pas cette tête 
Retrouve ton sourire
Et montre-moi ton beau visage.

engageante et douce

Et avant la nuit,
Reviens avec ta Colombe
Dans la petite maison.
Reviens !
Je sais. Je n'ai pas toujours été facile
Mais qui aime bien, châtie bien.
Allez, venez, monsieur on va vous ouvrir la porte...
Avant que la nuit ne tombe...
Reviens !

PANURGE :

implacable

Ma femme, vous êtes morte. Je ne vous connais plus...

COLOMBE : 

très calme

Mon chéri!

PANURGE : 
Trêve aux discours superflus !

COLOMBE : 

émue , anxieuse

Il à perdu la tête !

PANURGE :

animé

Mais le cœur est en fête...Veni ! vidi ! Vici !
L'enterrement, je crois, est pour demain midi.
Vous êtes morte,  Madame! 
Le bon Dieu ait votre âme ! 

COLOMBE : 

implorante

Mon ami !

PANURGE :

bourru

Je ne le suis point !